Exposition intéroceptive
Résumé
L'exposition intéroceptive est une technique d'exposition spécifique, principalement utilisée en TCC pour le trouble panique. Elle repose sur les mêmes principes fondamentaux que l'exposition in vivo, mais au lieu de rechercher le stimulus phobique dans le monde réel (comme lors de l'exposition in vivo), elle se concentre sur les stimuli physiologiques (tels que les palpitations cardiaques et l'essoufflement.
Principes et pratique
Comme pour toute forme d'exposition, l'exposition interoceptive est précédée d'une analyse fonctionnelle (voir article dédié). Avant d'entreprendre une thérapie d'exposition, le thérapeute doit évaluer précisément ce que le patient évite et quels stimuli sont conditionnés à la peur. Il peut s'agir de stimuli externes (pour lesquels on utilise l'exposition in vivo, voir article spécifique), de stimuli internes sous forme de souvenirs ou d'images mentales (pour lesquels on utilise l'exposition en imagination, voir article spécifique), mais il peut aussi s’agir de stimuli internes sous forme de sensations physiologiques aversives : essoufflement, vertiges, palpitations et ou d’autres semblables stimuli. Pour l'anxiété liée à ce type de sensations physiques, comme dans le trouble panique, l'exposition interoceptive est utilisée.
Les cinq principes de l’exposition
Comme toute forme d'exposition, l'exposition intéroceptive, en tant qu'intervention thérapeutique spécifique, repose sur cinq principes. Pour être efficace, toute exposition doit être :
planifiée et structurée (par le thérapeute, en collaboration avec le patient)
progressive (selon une hiérarchie d'exposition, en collaboration avec le patient)
prolongée (c'est-à-dire suffisamment longue pour permettre de nouvelles expériences non anxiogènes)
répétée (c'est-à-dire effectuée un nombre suffisant de fois, permettant ainsi de vivre de nouvelles expériences au fil du temps)
sans comportements de sécurité (c'est-à-dire sans que le patient tente de se distraire ou de rechercher d'autres formes de sécurité ou de soulagement temporaires pendant l'exposition) (voir article spécifique).
Les principes spécifiques de l'exposition intéroceptive
L'exposition interoceptive commence par l'expérimentation de différents exercices intéroceptifs afin d'identifier ceux qui déclenchent la peur. Il s'agit ensuite de déterminer les exercices les plus pertinents à utiliser lors d'expositions répétées. En tant que thérapeute, avant de pratiquer l'exposition interoceptive avec un patient, il est essentiel de s'assurer que ce dernier a récemment passé un bilan de santé auprès d'un médecin. Bien que ces exercices présentent très rarement des risques pour la santé, dans certains cas (par exemple, chez un patient souffrant de trouble panique et présentant une comorbidité cardiovasculaire), l'accord du médecin (ou la proposition d'une modification des exercices intéroceptifs) est particulièrement important.
Exemples d'exercices intéroceptifs :
Hyperventilation : pour provoquer une sensation d'essoufflement et de vertige.
Course sur place : pour provoquer des palpitations cardiaques (accélération du rythme cardiaque).
Respirer à travers une paille : pour provoquer une sensation d'essoufflement et une gêne thoracique.
Tourner sur soi-même (debout ou sur une chaise tournante) : pour provoquer des étourdissements.
Secouer légèrement la tête : pour provoquer des vertiges.
Il est demandé au patient d'évaluer son niveau d'anxiété (de 0 à 10 ou de 0 à 100, voir article spécifique) pour chaque exercice mentionné ci-dessus. Une hiérarchie d'exposition est ensuite établie, incluant les exercices ayant déclenché de l'anxiété, afin de planifier la phase d'exposition suivante. Lors de la description de l'« échelle d'anxiété » (0-100), il est essentiel d'expliquer au patient qu'il doit évaluer précisément la peur ou l'anxiété, et _ne pas_ l'intensité de la sensation physique en elle-même. Nous ressentons tous, que nous souffrions ou non de trouble panique, des vertiges (plus ou moins importants) lorsque nous tournons sur une chaise tournante, par exemple. Cependant, pour la plupart d'entre nous, même en cas de vertiges importants, le niveau d'anxiété est très faible, voire nul. L'échelle d'anxiété ne doit pas refléter l'intensité des vertiges, mais précisément l'intensité de la peur ou de l'anxiété.
Ensuite, l'exposition à proprement parler débute alors par un exercice intéroceptif situé au milieu de la hiérarchie.
Comme pour toute autre exposition, pendant de l'exposition interoceptive, le thérapeute pose des questions telles que : « À quoi pensez-vous en ce moment ? » (pour identifier les comportements de sécurité). Le thérapeute guide également le patient en lui demandant de se concentrer sur le stimulus anxiogène (« Essayez de rester attentif à cette sensation »). Le thérapeute souhaite également évaluer en continu le niveau d'anxiété du patient (« Quel est votre niveau d'anxiété en ce moment ? ») et lui apporter son soutien (« Je comprends combien c'est difficile pour vous, vous êtes très courageux ! »).
L'exercice intéroceptif spécifique est pratiqué et répété autant de fois que nécessaire, jusqu'à ce que l'anxiété du patient diminue ou qu'il ou elle vive une nouvelle expérience.
Évaluation après l'exposition : Le thérapeute revient avec le patient sur son expérience d'exposition et ils déterminent ensemble les exercices à faire à la maison lors de la prochaine séance.
La séance d'exposition interoceptive devrait se terminer par une évaluation : le thérapeute interroge le patient sur ce qu'il a appris de l'exposition et lui demande de définir un devloir thérapeutique à pour la prochaine séance. Cet exercice devrait idéalement consister en une répétition de l'exposition réalisée avec le thérapeute pendant la séance. Autrement dit, après l'exposition guidée par le thérapeute, l'idéal est que le patient réalise le même exercice d'exposition intéroceptive, mais cette fois-ci seul, à domicile jusqu'à la prochaine séance (voir l'article consacré aux devoirs thérapeutiques).